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Résidence Instagram de Rihab Essayh

Rihab Essayh (الشوق لجوقة العصافير عند الغسق) Envie d’un cœur d’oiseau au crépuscule, 2021. Voile peint en aérosol, fils de nylon, coussins rembourrés en velours de coton teint à la main, haut-parleur, 2,12 x 4,48 x 2,17 m.
Rihab dans son studio d’artiste, 2021.

Saviez-vous que tous les artistes qui ponctuent le fil de notre série « Human Touch » sont tous connectés de près ou de loin ? Ce beau projet fonctionne sur la base du bouche-à-oreille et d’un respect mutuel, permettant ainsi de mettre en lumière des êtres créatifs aux démarches vraiment insolites ! 

La série se poursuit donc avec notre troisième « takeover ». Cette fois-ci, nous vous invitons à découvrir la pratique artistique de l’artiste canadienne-marocaine basée en Ontario, Rihab Essayh. Dès demain vous pourrez découvrir ses œuvres les plus récentes, et connaître davantage les réflexions et ses inspirations qui guident ses études à la maîtrise à l’Université de Guelph.

Restez à l’affût !

Suivez la résidence de Rihab sur Instagram

Jour 1 : 31 mai 2021

Nous avons le plaisir de vous présenter Rihab Essayh, une artiste canadienne-marocaine, basée à Guelph en Ontario. Malgré la légèreté des matériaux et la délicatesse des environnements créés par cette artiste multidisciplinaire, ses œuvres font état de thématiques universelles liées à la condition humaine, soulignant ainsi les bénéfices de l’appartenance, l’empathie et de la bienveillance. Les plus récentes installations de Rihab sont participatives et invitent donc au toucher. En raison des mesures sanitaires actuelles, elles n’ont pu accomplir leur raison d’être. Imaginez le contact de votre peau sur ces textiles qui invitent au toucher et laissez vous charmer par ces ambiances diaphanes contemplatives.

https://youtu.be/9oPDQAlJw6s

Mes œuvres interdisciplinaires sont fondées sur le dessin, la photographie, la vidéo et l’installation tout en tenant compte des propriétés des matériaux. La pensée initiale de mon processus de recherche commence par un processus de documentation auto-ethnographique. Cette pensée est ensuite transformée par une méthodologie basée sur la recherche, en référençant l’état actuel de l’anthropologie culturelle. Je m’intéresse à l’état humain à l’ère du numérique lorsqu’une partie de notre identité et de notre rencontre sociale réside en ligne. En termes d’expertise technique, je cherche à approfondir mes connaissances des matériaux pour faire avancer ma pratique. 

Rihab Essayh, Une caresse avant l’aube, 2020. Organza de soie, coussins rembourrés en velours de coton teint à la main, dessin sur papier, bois.

Je cherche à susciter chez le spectateur un sentiment d’ambivalence, avec l’intérêt de mêler attributs personnels, analytiques et universels. Utilisant une approche immersive, mes œuvres d’installation servent un regard contemplatif sur les questions interpersonnelles contemporaines. Dans mes installations, je fais référence aux séquelles de l’intime et les traumatismes interpersonnels, et ce à travers la recherche d’œuvres de fiction, historiques, scientifiques et expérimentations sociales, ainsi que la participation du public.

https://youtu.be/DMTaJX8F-co

Jour 2 : 1 juin 2021

Dans le contexte de la pandémie, nos modes de connexion ont été limités et, par conséquent, notre capacité à répondre à nos besoins sociaux et intimes de connexion a été entravée. J’ai recherché comment l’art de l’installation peut répondre aux besoins émotionnels des gens dans et hors du contexte actuel. Les œuvres d’art peuvent-elles apaiser le désir de contact causé par la distanciation sociale ? Comment un espace peut-il guérir lorsque nos capacités sont entravées ? 

Rihab Essayh, « Mirage experimentation, » 2020. Organza de soie blanchi, coussins en velours de coton dune, mylar métallique, 7’ x 4’ x 6’.
Rihab Essayh, « Mirage experimentation, » 2020. Organza de soie blanchi, coussins en velours de coton dune, mylar métallique, 7’ x 4’ x 6’.
Rihab Essayh, « I’m boiling, » 2020. Crayon de couleur sur papier, 9 X 6 inches

Nos espaces domestiques se chevauchent maintenant pour devenir la maison, le bureau, le lieu des loisirs et plus encore; une multitude écrasante qui empêche la retraite dans des espaces sûrs et le contrôle de notre stimulation sensorielle. L’un des sens entravés associés à l’intimité et à la connectivité est le toucher. Le professeur Asim Shah a déclaré que les humains sont programmés pour toucher et être touché (Pierce, lien dans la bio), ce toucher est le premier acte de communication de soin et de lien entre un nouveau-né et sa mère. La recodification du contact comme mesure préventive contre la propagation du COVID-19 entraîne une privation du toucher, contribuant à une cascade d’effets physiologiques négatifs (Pierce). Quand on regarde comment on peut assouvir cette soif de toucher, la stimulation physique est la solution suggérée (Hasan)

Hasan, Maham. “What All That Touch Deprivation Is Doing to Us.”
Pierce, Shanley. “Touch Starvation Is a Consequence of COVID-19’s Physical Distancing.”

Rihab Essayh, “All the lost things I miss”, 2019. Hand engraved text on metallic mylar, acrylic tod, birch, 8 x 6 x 1”.
Rihab Essayh, “All the lost things I miss”, 2019. Hand engraved text on metallic mylar, acrylic tod, birch, 8 x 6 x 1”.

Jour 3 : 2 juin 2021

Je travaille l’art de l’installation, un médium qui utilise intrinsèquement l’espace pour immerger les spectateurs. L’art de l’installation change notre rapport à l’espace, sa physicalité, sa lumière et son paysage sonore. La relation la plus importante dans l’art d’installation est celle avec le spectateur, car ils sont des participants actifs lorsqu’ils naviguent ces paramètres spatiaux modifiés. L’artiste Olafur Eliasson dit que : « la force de l’art et de la culture, c’est cette capacité à être inclusifs et à refléter le(s) besoin(s) émotionnel(s) des gens ». Il applique cette philosophie à sa pratique et ses installations, car les environnements qu’il crée sont universellement accessibles à la compréhension et à l’expérience. 

Azadeh Elmizadeh (آزاده علمی زاده)

J’ai tendance à faire mes recherches en parcourant des œuvres de fiction, d’histoire, de science, de psychologie et d’état politique actuel comme raffinement de point de vue. Je préfère prendre cette opportunité pour montrer mon respect à certaines fxmmes (traduction de womxn) artistes incroyables. Azadeh Elmizadeh (آزاده علمی زاده) est une artiste iranienne basée à Toronto, travaillant entre la peinture et le collage.

Azadeh Elmizadeh, « A Hundred Times, Why, » 2020, 64″x 94″, gouache sur soie (détail)

@AzadehElmizadeh sur Instagram

L’œuvre d’Elmizadeh est en conversation avec des peintures miniatures persanes. Le processus de superposition et de sablage dans le pigment révèle l’histoire de la peinture elle-même, faisant ainsi référence à un site d’expérimentation spatiale et esthétique et une excavation historique. L’engagement d’Elmizadeh concernant les possibilités métaphysiques du médium est informé par les cosmologies soufies du XIIe siècle et leurs mythologies qui les accompagnent, donnant aux œuvres leur qualité ludique et métamorphosée. (c’est l’une des plus belles âmes que je connaisse, je lui envoie un peu d’amour.)

Eve Tagny
Eve Tagny, «Gestures for a Mnemonic Garden» 2020 (détail)

@eve.t_eve.t sur Instagram

J’adore le travail d’Eve Tagny qui a été présenté à l’exposition du Musée d’art contemporain « La machine qui enseignait des airs aux oiseaux ». J’ai eu le privilège de la rencontrer en travaillant au Centre Phi. Elle m’a présenté la réalité du métier d’artiste, accepter des contrats d’écriture et de médiation pour financer sa pratique. Eve est mi-canadienne, mi-camerounaise. Après une perte traumatique en 2014, sa pratique est devenue son mécanisme d’adaptation et son cheminement vers le mieux-être. Elle travaille l’installation et la performance basée sur la lentille, et s’intéresse aux jardins, aux rituels et à la parenté. Pour moi, son travail est axé sur le deuil comme rituel et processus d’acceptation. Elle collabore souvent avec des artistes BIPOC pour créer des rituels. Dans cette exposition, son grand écran laiteux en plastique fait écho à l’environnement plastique de mon travail. Même si elle inclut des matériaux naturels (argile, roche et plantes vivantes), son environnement n’est pas vert, il est chaud et terreux, une source dans un désert, apportant un sentiment de renouveau. 

Florence Yee

Florence Yee sont un artiste visuel basé à Tkaronto/Toronto et Tiohtià: ke/Montréal. Leur pratique utilise l’art textuel, la sculpture et l’installation textile à travers l’intimité du doute. Leur pratique artistique tourne autour du texte et de la création à forte intensité de main-d’œuvre comme méthode de “travail” à travers l’appartenance restrictive recherchée dans le travail, la langue et le devoir. Comme le « dur labeur » est une mesure principale à partir de laquelle les corps racisés et migrants sont valorisés, ma pratique utilise les contradictions de l’in/visibilité et de la reconnaissance pour explorer la façon dont nous pouvons modifier la mémoire diasporique. Les recherches de Yee sur l’histoire sociopolitique et personnelle du déplacement cantonais ont amené leur travail à ce que Desmond Wong appelle « l’intersection de la filiation et de l’arrivée. »

« J’ai joué avec l’idée d’une “preuve” comme quelque chose qui ne peut pas encore être possédé parce qu’il est inachevé ou non réclamé ; ainsi que la preuve en termes d’évidence. »
– Florence

Florence Yee, « PROOF – Chinatown Anti-Displacement Garden », 2020. Broderie main, voile de coton.

@florence.cg.yee sur Instagram

Jour 4 : 3 juin 2021

 Rihab Essayh, son studio d’artiste à Guelph, 2020.
 Rihab Essayh, son studio d’artiste à Guelph, 2020.
 Rihab Essayh, son studio d’artiste à Guelph, 2020.
Processus de fabrication de la tente ⛺️

Étape 1. Faire la tente sur Sketchup
Étape 2. L’exporter et l’imprimer en tant que patron
Étape 3. La manie de la coupe et de la couture (avec un peu de procrastination, voir les stories)
Étape 4. Peindre en aérosol avec une palette de couleurs romancée

J’utilise ma pratique comme un moyen de faire face et de comprendre l’adversité et les traumatismes ; célébrer ces capacités devant un public plus large ; et, offrir une expérience pour aider les téléspectateurs à comprendre leurs propres besoins et leurs capacités à y répondre de manière créative.

J’ai construit une installation immersive et tactile qui agirait comme un espace de confort, comme un outil de guérison et de recalibrage sensoriel. J’utilise des matériaux, tels que des fibres douces, qui sont connus pour provoquer une réaction apaisante (Albers).

Albers, Annie. “The Pliable Plane; Textiles in Architecture”. Perspecta, Vol. 4,1957. pp. 36-41.

https://youtu.be/qifCsHuJHQI

J’ai beaucoup chanté ces derniers temps.
Pas n’importe quel type de chant, plus précisément un chant d’opéra, qui demande un contrôle et une endurance. C’est un son vibrant interne et c’est un son émotionnel. Cela ressemble à un ronronnement de chat, comme on le suppose toujours que le chat ronronne quand il est content, mais en fait il contrôle son ronronnement et peut ronronner pour améliorer et stimuler la guérison en cas de blessure.

Je me sens blessé. Je suis blessé et je travaille encore sur mes progrès de guérison. Ces improvisations chantées sont comme des cris dans un oreiller, mais elles sont contrôlées et tempérées prolongeant la libération béate de l’émotion. Après, presque chaque expérimentation de chant, presque chaque session d’improvisation de chant se termine par une coulée de larmes. C’est ma thérapie cathartique.

Projet de couture
Rihab Essayh, son studio d’artiste, 2021.
Rihab Essayh, son studio d’artiste, 2021.
Rihab Essayh, son studio d’artiste, 2021.

J’ai parfois du mal à faire de l’art, surtout lorsque je travaille avec des capacités limitées et que je me remets d’une maladie mentale. Le plus difficile est d’être présente de manière critique. Je me tiens au courant de ce qui se passe politiquement dans le monde, mais je ne l’ai pas encore synthétisé. Établir une base pour me nourrir et m’encourager à créer de manière critique, c’est exercer mon muscle artistique. Durant le dernier week-end ensoleillé à Guelph, j’ai décidé d’apprendre à faire un patron de pantalon en regardant des tutoriels en ligne. J’ai réalisé quelques shorts d’été de tous les jours grâce à cet exercice technique. Avant la fermeture temporaire, j’ai acheté un drap de grand format dans un magasin d’occasion et ‘j’essaie de fabriquer autant de vêtements que possible à partir de cette seule pièce de tissu. J’ai obtenu la couleur désirée avec de la teinture pour tissu. Maintenir cet apprentissage technique me tient éveillée et consciente. C’est comme un exercice de mémoire musculaire et une introduction progressive dans une pratique de recherche proactive. 

Rihab Essayh, son studio d’artiste, 2021.
Rihab Essayh, son studio d’artiste, 2021.
Rihab Essayh, son studio d’artiste, 2021.

Un projet va me demander beaucoup de capacités physiques et mentales. C’est un investissement à temps plein. Parce qu’il n’y a pas d’heures de bureau, je suis constamment en train de résoudre des problèmes, de faire des recherches et de repenser mon travail. Par conséquent, j’ai besoin d’un ou plusieurs mois pour récupérer après coup. J’ai l’impression que c’est une partie que le public n’a pas l’occasion de voir. La plupart des gens ne voient que le produit final ou la quantité d’une série de travaux, sans voir l’épuisement professionnel et le repos nécessaire qui se trouvent derrière.

Ce sont tous les vêtements que j’ai réussi à faire avec cette seule pièce de tissu. Il y a quelque chose de réconfortant là-dedans. C’est réconfortant dans le sens où ça ne me pousse pas, c’est une libération du stress d’avoir à performer. 

C’était une semaine tellement agréable, merci à L’Imagier pour l’opportunité (sérieusement Amélie et Leonore-Namkha, vous êtes saintes 💕💕).

Voici un petit cadeau pour tous ceux qui sont arrivés jusqu’ici. Quand j’avais 5 ans, je voulais être bruiteuse. Ça n’a pas marché. C’est bon, j’ai fait le deuil de cette perte et j’ai maintenant la possibilité de créer des espaces impossibles.

C’est tout de même ironique, car 24 ans plus tard, je trempe enfin mes orteils dans ce domaine technique audio pour mon prochain projet de recherche qui portera sur la création d’un espace de compassion opératique et sonore. 

Jour 5 : 4 juin 2021

Portrait de Rihab en 2021.
@ellaggonzales, Rihab, 2021.
Portrait d'une jeune Rihab en 1997 prise par son père Abderrahman Essayh.
Abderrahman Essayh, « Jeune Rihab photographiée par son père, » 1997.

 

https://youtu.be/-GYEL_KilOw

Vous avez été nombreux à nous suivre cette semaine et nous en sommes très touchées.

Nous avons eu le plaisir d’accueillir cette semaine l’artiste émergente @RihabEssayh à l’occasion de notre troisième résidence sur Instagram. Nous vous invitons à regarder une entrevue entre l’artiste et Leonore-Namkha, la directrice de L’Imagier où elles sont revenues sur la question de la matérialité dans sa démarche auto-ethnographique et sur notre responsabilité à créer du sens en pleine conscience de soi.

Cette discussion vous est offerte en anglais, la langue choisie par l’artiste, et sous-titrée en français.  

 

Visiter le site internet de Rihab pour voir l’ensemble de son portfolio : https://www.rihabessayh.com/

Pour découvrir les autres artistes des Résidences Instagram de L’Imagier : https://limagier.qc.ca/actualites/

 

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